Parcours et prises de conscience Partie 2

Expérience en milieu pénitentiaire et évolution personnelle en miroir

2 ans de formation, un déménagement de Toulouse à Grasse pour mon premier poste.

La distance avec ma famille, la distance pour mon couple, le basket au second plan ; bref une belle sortie de ma zone de confort. Et je mesure maintenant à quel point c’était essentiel, à quel point la confiance et l’estime de soi passent par l’action.

J’ai adoré me challenger, j’ai adoré apprendre et sentir que je contribuais à quelque chose qui avait du sens, j’ai adoré rencontrer des personnes d’autres sphères.

J’ai découvert et expérimenté un métier d’une richesse inouïe.

Être au carrefour du juridique, du social et du psychologique, travailler en partenariat et découvrir d’autres pratiques, monter des projets et l’essentiel accompagner des personnes.

Et pas n’importe qu’elles personnes, des personnes misent au ban de la société, des personnes qui ont commis des actes graves parfois ignobles, des personnes aves des parcours de vies chaotiques et destructeurs. 

Ces personnes et ce métier m’ont appris énormément et m’ont amené à me questionner comme je ne l’avais jamais fait auparavant :

  • Une personne est-elle uniquement définie par ses actes ?
  • Le déterminisme social dans notre société 
  • La gratitude 
  • La résilience
  • Les étiquettes que l’on se met ou que l’on nous met
  • La capacité d’évolution de chacun
  • Le potentiel infini que l’on possède tous
  • Le lien humain au-delà du contexte 
  • Le déni des émotions dans notre société
  • Le manque de sens dans la réflexion binaire

Je pourrais continuer des lignes et des lignes, il ne s’est pas passé une journée sans que je découvre quelque chose sur l’autre, sur moi, sur la société, sur notre monde… J’ai toujours été attiré par le fonctionnement de l’humain et les interactions des personnes entre elles, j’ai toujours beaucoup lu sur ces sujets et eu soif de me former autour de ces questions.

Mais il est clair que cette expérience professionnelle a été un point de bascule pour moi, l’ouverture vers autre chose, un élargissement à 360° de mes perspectives, des prises de conscience en cascade et la révélation de ce qui m’animait profondément.

ACCOMPAGNER – REVELER – TRANSMETTRE – PARTAGER

En accéléré ça fait : 

Quelques années à Grasse, 

Un retour à Toulouse et une pause pour donner vie à mes deux enfants, 

Un nouveau poste au centre pénitentiaire de Toulouse,

Des engagements associatifs, 

Participer à la construction de programmes innovants, 

Observer d’une réalité parfois injuste, 

Interroger le sens de mes missions dans mon activité professionnelle,

Être confrontée à l’incohérence d’un contexte administratif lourd et passéiste, 

Apprendre, me former, échanger…

Pause imposée et passage à l’action

J’ai en moi une multitude de projets en germe, je mentalise énormément (parfois trop) et le monde de mes pensées a toujours été mon refuge.

J’ai élaboré une montagne d’idées et de constructions complexes sur différents sujets, mais ça restait là, à l’intérieur, au stade d’idée.

La première grande pause de que j’ai eu je l’ai choisi. Autour de la naissance de mes enfants qui ont 18 mois d’écart j’ai souhaité prendre le temps. Prendre le temps de les accueillir, de les voir évoluer, de les accompagner. Prendre le temps pour moi, pour me reconnecter à mon corps, à mes envies à mes projets. Cette pause m’a permis de faire un grand bon dans mon apprentissage intérieur, grâce notamment à tout ce que la maternité et la vie de famille peut avoir comme fonction révélatrice.

  • L’attention au corps par la pratique d’activités physiques respectueuses (versus le haut-niveau qui sans réelle prévention sur ce sujet peut abimer le corps irrémédiablement)
  • La découverte de la méditation et du yoga
  • La transition vers une alimentation plus conscience (choix éclairés, esprit critique)
  • La volonté de travailler sur moi plus en profondeur et avec lucidité pour jouer mon rôle parental pleinement et ainsi éviter d’être parasitée par mes peurs, mes blocages mes projections
  • Avancer, encore et toujours vers l’authenticité et l’affirmation de ce que je suis au-delà des conditionnements et diktats.

La seconde grande pause que j’ai vécue s’est imposée à moi :

Je me sentais à ma place, un métier qui a du sens, une vie de famille épanouie, de multiples activités et loisirs, des engagements associatifs, une vie amicale très riche, du sport, la pratique du yoga et de nombreux outils de développement personnel, 50 idées prometteuses à la minute…Bref pour moi tout roulait.

Des vacances en famille au mois d’aout dans un contexte idyllique, nature, bien-être… Les enfants jouent, rient. Je profite du temps qui se rallonge, lecture, yoga, bons repas… On nous propose un petit basket entre amis, tiens ça fait tellement longtemps que je n’ai pas touché un ballon…Sensations retrouvées, plaisirs, rires et soudainement une douleur vive au mollet, je m’effondre. Ma tête tourne et je vois des visages flous et inquiets qui s’approchent de moi. J’essaie de me relever, impossible, mon mari s’adresse à moi « Nath je crois que tu t’es rompu le tendon d’Achille ». Je pense « non », c’est impossible, je suis en pleine forme, je prends soin de mon corps, j’ai une alimentation au top, je suis hyper heureuse, pourquoi ça m’arrive maintenant.

Déni puis rapidement reprise avec la réalité. Après un passage aux urgences du village d’à côté, le verdict tombe : on rentre à la maison, je me fais opérer le lendemain, je serais immobilisé 3 mois, tous mes projets tombent à l’eau, je ne vais pas pouvoir tout organiser comme à mon habitude, je vais devoir lâcher prise et m’en remettre à d’autre…

Au moment où cela s’est produit je lisais 2 livres : un livre sur les techniques de visualisation (Techniques de visualisation créatrices- Shakti Gawain) et un roman où l’un des personnages principaux voit sa vie basculer après s’être fait dévorer le pied gauche par un requin en surfant (Les garçons de l’été – Rebecca Liguieri).

Je m’étais blessée au tendon d’Achille Gauche, ces techniques de visualisation m’ont permis de vivre l’opération avec une grande sérénité (je suis habituellement très mal à l’aise en milieu hospitalier) et de pouvoir bénéficier d’une anesthésie locale à ma demande (très rare pour ce type d’opération). Je ne sais pas si c’était un signe mais moi je l’ai interprété comme tel.

Après une période de déconnection et de flottaison totale, j’ai accepté et remercié cette blessure qui m’offrait un stop, un effet loupe sur ma vie et une cassure dans mon rythme.

Une foule de prises de conscience sur mes fonctionnement et mécanismes me sont apparu :

  • Besoin de contrôler, d’organiser
  • Rigidité dans les fonctionnements et manque de tolérance dans ceux des autres (comme s’il n’y a avait qu’une bonne manière de faire les choses, d’être efficace)
  • Sur activité, absences de pauses
  • Non écoute des limites de mon corps et de mon rythme interne
  • Mentalisation extrême et peu de passage à l’action véritable (éparpillement, procrastination sur les choses essentielles…)
  • M’imposer des rôles dans ma vie de famille, avec mes amis, avec mes parents et ma sœur…

J’ai simplement observé et réalisé avec un naturel déconcertant que j’avais le choix. Et plus que tout que j’étais responsable de ses choix et de mes actes. En d’autres termes que j’avais aussi le pouvoir de construire ma vie et d’agir selon mes propres termes. C’est un sentiment étrange que d’identifier des choses ancrées profondément en soi dont on n’avait aucunement conscience voire que l’on pensait étrangère.

Le sentiment que cet arrêt forcé puisse me faire rater des opportunités s’est rapidement envolé et j’ai su qu’au contraire il était temps de matérialiser ce que je mentalisais depuis si longtemps. 

Et perfection de la vie : j’avais du temps devant moi pour le faire.

C’est là qu’ESTIME est né (Association ESTIME, outils et intervention pour renforcer l’estime de soi des enfants, ado et jeunes adultes),

C’est là que j’ai décidé de faire une formation certifiante de médiateur,

C’est là que je me suis projeté sur la transmission et le partage par la création de mon entreprise.

Cette période a été fondatrice pour la suite et m’a permis de me réaligner à mon pourquoi et à ma vision de vie. 

J’ai l’intime conviction que chaque expérience et chaque rencontre est porteuse de sens et d’apprentissages. 

La suite c’est maintenant…